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In Rainbows : Un nouveau modèle économique ?

Faisons d'abord un bref rappel historique : le 1er Octobre 2007, Radiohead, groupe superstar du rock alternatif annonce que le 10 du même mois, son nouvel album intitulé In Rainbows serait disponible en téléchargement sur internet, à un prix librement fixé par chaque acheteur. Pour les fans désireux de posséder l'album sous une forme physique, un "pack" de luxe est aussi disponible avec 2 CD (dont un composé d'inédits non disponibles en téléchargement) et 2 vinyles pour 40£.


Si de nombreux médias se sentent alors en droit d'annoncer l'avènement d'un nouveau modèle économique, la réaction sur les blogs est quelque peu mitigée, entre attente fébrile (lire la journée du 10 Octobre d'Erwan de The Man of Rennes Steals Our Hearts) et circonspection vis à vis du nouveau modèle annoncé : si Radiohead ou d'autres artistes ayant déjà atteint un niveau de notoriété et une "fanbase" équivalents peuvent se permettre de se lancer dans ce genre d'aventures, c'est beaucoup plus douteux pour de jeunes artistes. "Tout cela ne concerne que des artistes qui ont explosé au temps du vieux modèle économique, qui ont imposé nom, image et back catalog à l’époque du CD vendu à la tonne." lance Bertrand Dicale sur son ancien blog (Pas plus haut que le bord), alors que Borey Sok sur Musique 2.0 s'interroge et estime que "seuls les artistes bénéficiant déjà d'une grande notoriété peuvent se lancer dans une auto-gestion des ventes de leur musique."





Et la musique dans tout ça ? Dès le 10 octobre, François de DiscoBlog et Erwan de The Man of Rennes Steals Our Hearts nous livrent leurs premières impressions : un bon Radiohead, mais sans doute pas leur meilleur : "Du bon Radiohead, mais qui ne méritait peut-être pas autant de bruit..." (DiscoBlog). Le temps passe, les réactions se font plus tranchées. Alors que Cécile de Words And Sounds, fan assumée du groupe, s'enthousiasme pour l'album ("In Rainbows n’est pas un disque dénonciateur, ni énervé, encore moins un disque coup de poing, il est juste ce que le groupe a produit de plus brut depuis bien longtemps. C’est un album doux, enrobé d’une vraie couche de plaisir."), Christophe Schenk (Bon pour les oreilles) quant à lui est bien moins convaincu, déçu d'un disque où "Radiohead fait du Radiohead. Pire, Radiohead singe Radiohead". Bien qu'il soit d'abord agréable, ce disque n'apporte selon lui pas grand chose à la discographie du groupe et ne représente pas la révolution attendue.

Dans l'ensemble, un consensus est quand même atteint : il s'agit d'un bon album, mais ce n'est sans doute pas le meilleur de Radiohead.





Lorsque survient l'annonce de la vente en magasin de l'album (pas annoncée au début de l'opération), la pilule est assez dure à avaler pour les partisans de Radiohead, alors que leurs détracteurs s'en donnent à coeur joie. Cécile de Words and Sounds ne peut s'empêcher de lâcher un "Oh les enfoirés coquins !" alors que Bertrand Dicale s'en donne à coeur joie sur Pas plus haut que le bord, ironisant sur les "déjà vieilles hypocrisies" de la nouvelle économie du disque et critiquant l'attitude de Radiohead envers leurs fans : "On a beaucoup daubé sur la fine nuance entre « relation privilégiée avec la fanbase » et « racket des gogos ».". Enfin, la Blogothèque, tout en rapportant les propos de Thom Yorke lors d'un échange avec David Byrne (Talking Heads) ne manque pas de s'interroger "Et puis il dit que de ne pas le vendre en CD, ça aurait été "snob". Vu la qualité plus que médiocre des mp3, on peut considérer que ça aurait aussi été dommage. Vu le bruit généré et la quantité de livres sterling amassées à l’occasion, on peut également considérer comme certains qu’il s’agissait là d’une savante opération marketing parfaitement orchestrée..."


Le second CD de la version de luxe fait ensuite l'objet d'une critique quelque peu négative de la part de Christophe Schenk "Car voilà, ce In Rainbows bis me fait le même effet que son prédécesseur. Un effet bof." Enfin, Bertrand Dicale met à profit ses relations de journaliste avec quelques artistes pour leur demander leurs avis sur le mode de distribution de ce In Rainbows : si les B52's comparent l'attitude de Radiohead à celle de "la scène folk du début des années 60 à New York : on joue et on passe le chapeau.", Nick Cave est plus critique envers le rapport à la musique que sous-tend la démarche de Radiohead ("Ce qu’ils ont fait revient à dire que la musique n’a pas de valeur intrinsèque.") et n'hésite pas, pour résumer toute l'affaire, à invoquer un "Cynical marketing ploy" ("stratagème marketing cynique").



Par Pierre,
Le 20 Mai 2008


L'avis des internautes
  • Le 16 Mai 2008 à 09:29:26


    quelques mois après, je reviens sur In Rainbows... Du bon Radiohead, sans doute étouffé par le battage médiatique de sa sortie "Au prix que vous voulez !". Aujourd'hui, c'est sans doute le troisième album du groupe que j'écoute le plus, après O.K. Computer (le must) et Hail To The Thief... une médaille de bronze après ces deux là, ça reste quand même au dessus de la production moyenne du Net et des maisons de disque...
    Mais ce qui pourrait être intéressant, c'est de mettre en parallèle la démarche de Radiohead sur la distribution de In Rainbows, avec celle d'un Brian Jonestown Massacre qui livre systématiquement ses albums gratuitement, ou celle de The Charlatans sur le dernier album, ou plus caricaturalement celle de NiN récemment...

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